
Le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Ghalibaf, a suggéré dimanche aux investisseurs d’adopter une stratégie de “long” en cas de repli des marchés. Ce post correspond avec précision à la trajectoire boursière qui a suivi : les contrats à terme sur l’indice S&P 500, aux États-Unis, ont flirté dans la soirée de dimanche avec la zone de correction technique, puis, dans la nuit, ils se sont totalement inversés. À la clôture de lundi, la capitalisation boursière du S&P 500 est revenue d’environ 90 milliards de dollars par rapport à son point bas de la nuit précédente.
(Source : KobeissiLetter)
Au moment où la recommandation de Ghalibaf est publiée, le marché boursier américain se trouve dans une phase sensible. Dimanche en fin d’après-midi, les contrats à terme sur le S&P 500 ont ouvert avec une baisse proche de 1 % ; il ne restait plus que 30 points avant d’atteindre la définition officielle de la correction technique (une chute de 10 % par rapport aux plus hauts récents). L’humeur du marché était alors très prudente.
Cependant, vers le plus profond de la nuit de dimanche, le prix des contrats à terme s’est entièrement inversé et est repassé à la hausse : cette inversion est intervenue huit heures entières avant la publication par la Maison Blanche de toute annonce de politique officielle. Lundi à 7 h 25, Trump publie sur Truth Social un message affirmant que les États-Unis mènent des négociations, qu’il décrit comme “un nouveau pouvoir, plus raisonnable”, afin de mettre fin aux actions militaires de l’Iran. Il avertit aussi qu’en l’absence d’accord, des mesures seront prises contre les infrastructures énergétiques et hydrauliques iraniennes. Puis, par la suite, l’indice S&P 500 progresse encore d’environ 100 points par rapport au point bas de la nuit précédente, et la capitalisation boursière revient finalement à environ 90 milliards de dollars.
Dimanche en fin d’après-midi (heure de l’Est 18:00) : Ghalibaf publie un message recommandant “d’aller long si le marché baisse” ; les contrats sur le S&P 500 ouvrent en baisse de près de 1 %, à seulement 30 points de la correction technique
Dimanche en pleine nuit (heure de l’Est 23:00) : la baisse des contrats se renverse complètement pour passer en hausse, avec une inversion survenue 8 heures avant la publication par Trump
Lundi matin (heure de l’Est 7:25) : Trump annonce sur Truth Social que les négociations avec l’Iran ont obtenu d’“immenses avancées”
Séance du lundi (jour) : le S&P 500 rebondit d’environ 100 points depuis son point bas de la nuit précédente ; la capitalisation remonte d’environ 90 milliards de dollars
Dans un commentaire, l’analyste de Kobeissi Letter estime : “Nous sommes dans la période la plus inhabituelle de l’histoire du marché.” Cette affirmation décrit avec justesse la nature même du rebond : il s’agit d’une fluctuation émotionnelle déclenchée par des titres d’actualité, et non d’un signal de marché structurel révélant un apaisement réel de la situation géopolitique.
Le post de Ghalibaf est largement interprété comme une satire directe de ce phénomène selon lequel les réseaux sociaux américains influencent le marché financier. Il avait déjà plusieurs fois critiqué les publications de Trump sur Truth Social, avant la séance, qu’il considérait comme un “indicateur à contre-courant” ; dans les faits, cet épisode confirme encore cette observation.
À noter toutefois que les pressions fondamentales n’ont pas disparu. Le blocus du transport pétrolier dans le détroit d’Ormuz se poursuit. Durant le rebond des bourses américaines, le marché du pétrole spot reste sous pression : ces dernières semaines, le prix du pétrole s’est maintenu au-dessus de 100 dollars par baril. À ce stade, aucun accord officiel n’a été conclu entre l’Iran et les États-Unis. La capacité de cette hausse à se poursuivre dépendra de savoir si les négociations diplomatiques peuvent produire des progrès substantiels dépassant le simple niveau des publications sur les réseaux sociaux.
La recommandation de Ghalibaf se fonde sur une observation concrète : les publications sur les réseaux sociaux des responsables américains avant la séance sont souvent le signal de prises de profits, et non le reflet d’un vrai changement d’orientation de politique. En conséquence, une opération à rebours laisse une marge d’arbitrage. Dans cet épisode, le retournement des contrats à terme survenu pendant la nuit a eu lieu 8 heures avant la publication de Trump : cela montre que l’humeur du marché possède, en elle-même, une dynamique d’autorégulation. Le post de Ghalibaf a peut-être amplifié cet effet.
Parce que ce qui a entraîné le rebond, c’est l’effet émotionnel des signaux diplomatiques, et non une avancée substantielle dans le conflit avec l’Iran. Le détroit d’Ormuz reste bloqué ; le prix du pétrole spot ne montre pas de recul significatif ; les deux pays n’ont pas non plus conclu d’accord officiel. Les analystes estiment que si les signaux diplomatiques ne se matérialisent pas par un véritable cessez-le-feu, cette hausse pourrait être difficile à maintenir.
Le conflit iranien maintient les coûts énergétiques à un niveau élevé : la configuration avec un prix du pétrole supérieur à 100 dollars par baril limite la marge de baisses de taux de la Réserve fédérale, créant une pression systémique sur l’inflation. La trajectoire à moyen terme du marché boursier américain dépendra fortement de la progression réelle des négociations diplomatiques. Chaque signal géopolitique peut provoquer de fortes fluctuations à court terme dans les deux sens. L’incertitude est la caractéristique centrale du marché actuel.