De Claude à Doubao, de Grok à Qwen, chaque nom de modèle d’IA cache une histoire.
(Contexte : OpenRouter analyse 100 兆 Token de rapports d’experts : à quoi les humains utilisent-ils réellement l’IA, secrets de la montée des modèles chinois et de la rétention des utilisateurs)
(Informations supplémentaires : intégralité de la conférence de Huang Renxun au GTC2026 : les besoins en IA atteignent plusieurs milliers de milliards de dollars, la puissance de calcul bondit de 350 fois, OpenClaw fait de chaque entreprise un AaaS).
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’IA d’Anthropic s’appelle « Claude » plutôt que « Bob » ? Pourquoi Musk a choisi un mot anglais presque personne ne connaît : « Grok » ? Pourquoi une IA qui fait vibrer les bits s’appelle « Doubao » ?
Le nommage des modèles d’IA n’est jamais pris au hasard ; chaque nom révèle les valeurs de l’équipe fondatrice.
GPT (OpenAI) : son nom complet est Generative Pre-trained Transformer (transformateur génératif pré-entraîné). Les trois mots décrivent, chacun à leur tour, la technologie centrale du modèle. « Chat » GPT est la version à laquelle on a ajouté la fonction de discussion. Le nom technique devient directement le nom du produit : le style d’OpenAI est très pragmatique. Par exemple, Sora signifie « ciel » en japonais.
Claude (Anthropic) : hommage à « Claude Shannon », le père de la théorie de l’information. Le « Mathematical Theory of Communication » de Shannon, publié en 1948, a jeté les bases de toute l’ère numérique ; il est cité plus de 160 000 fois. Donner à l’IA son nom, c’est le salut d’Anthropic aux fondements de l’informatique.
Gemini (Google) : « jumeaux » en latin. Les jumeaux désignent le fait que Google a réuni les équipes Brain et DeepMind pour développer ce modèle. Le nom fait aussi écho au programme des Jumeaux de la NASA (Project Gemini). En interne, l’appellation de départ chez Google était en réalité « Titan » (la plus grande lune de Saturne), avant d’être remplacée plus tard par le nom actuel.
Grok (xAI) : vient du roman de science-fiction Stranger in a Strange Land (L’étranger en terre étrangère) de l’auteur Robert Heinlein, publié en 1961. Dans le livre, grok est un mot du langage martien qui signifie « une compréhension si profonde qu’elle se fond avec les choses ». Musk a choisi ce mot, probablement parce qu’il estime que son IA ne se contente pas de « connaître » les réponses, mais qu’elle « comprend » vraiment.
Llama (Meta) : nom complet Large Language Model Meta AI ; les initiales forment exactement Llama (« lama »/« alpaga »). D’après ce que révèle le fondateur de LlamaIndex, Jerry Liu, au départ, quelques amis ont eu un moment de créativité en lançant des noms d’animaux mignons : ils ont découvert que, dans le nom du lama, se cachaient les trois lettres LLM, et que c’était à la fois adorable et facile à retenir.
Copilot (GitHub / Microsoft) : une traduction littérale : « copilote ». Le nom insiste volontairement sur le fait qu’il s’agit d’un rôle d’assistance. En matière de nommage de produit, on évite particulièrement « Autopilot » (le pilote automatique). Autrement dit, l’IA est votre partenaire, pas quelqu’un censé vous remplacer.
Cursor (Anysphere) : vient du latin cursor, qui signifie « coureur ». Dans un éditeur de programmation, le cursor est ce curseur qui clignote sans cesse. Un éditeur de code avec IA portant ce nom : c’est à la fois simple et intuitif.
Cline : le nom complet est l’abréviation de « CLI aNd Editor » ; son nom initial était Claude Dev. Après le changement de nom, il met davantage en avant ses doubles identités : prise en charge du terminal (CLI) et d’un éditeur.
Kilo Code : dérivé d’une branche de Cline, Roo Code, puis à nouveau dérivé. Le CEO explique que, à l’ère de l’IA, le code n’est plus un artisanat, mais quelque chose produit en lots selon le poids ; d’où « Kilo », comme du « code vendu au kilo ».
OpenClaw : à l’origine, il s’appelait Clawdbot, puis Moltbot ; finalement, il a été nommé OpenClaw. « Claw (griffe) » représente, dans cet écosystème, un agent IA capable de saisir et d’exécuter des tâches de manière autonome : une IA « avec des mains » pour agir. Huang Renxun dit que c’est « le prochain ChatGPT ».
Qwen / Tongyi Qianwen (AliBaba) : le nom chinois « 通義千問 » signifie « une vérité qui se comprend à travers mille questions » ; certains le traduisent aussi par « mille questions pour trouver la vérité ». Le nom anglais Qwen est une abréviation de Qianwen (千問), pour faciliter l’usage international.
DeepSeek / Shensu QiSuo : « profondeur » correspond à l’apprentissage profond (Deep Learning), « quête » provient de « 路漫漫其修远兮,吾將上下而求索 » (« la route est longue, et je chercherai en haut et en bas ») du poème Li Sao de Qu Yuan. Le nom cache à la fois une trajectoire technique et une touche romantique issue de la littérature classique chinoise.
Kimi / Moonshot AI (le « Côté sombre de la Lune ») : le nom de l’entreprise « le Côté sombre de la Lune » vient de l’album classique The Dark Side of the Moon de Pink Floyd. C’est le disque préféré du fondateur Yang Zhilin, et Kimi est aussi son propre surnom anglais.
ERNIE (Baidu) / Wenxin Yiyan : le nom chinois « 文心一言 » signifie « en une phrase, percer l’essentiel d’un article », tiré de l’œuvre classique chinoise sur la théorie de l’écriture 文心雕龍 (« Dragons sculptés du cœur littéraire »). Le nom anglais ERNIE est l’abréviation de Enhanced Representation through Knowledge Integration ; c’est aussi le nom du personnage « Enn(i) » dans Sesame Street, et il fait écho à BERT de Google.
Doubao / Doubao (ByteDance**)** : pas de métaphore, pas de référence historique : c’est simplement le sens littéral de « boulette de pâte de haricots » (dou sha bao). Dans un tas de noms grandiloquents du type « 通義 », « 文心 », ByteDance a choisi un en-cas que les Chinois connaissent tous : c’est précisément celui qui est le plus mémorable. À l’étranger, il s’appelle Cici.
Chaque nom est une petite fenêtre qui nous permet d’entrevoir la façon dont ces équipes d’IA voient ce qu’elles font. Certains rendent hommage à l’histoire, d’autres utilisent leur nom pour expliquer la technologie, et certains donnent l’impression de plaisanter. Mais quoi qu’il en soit, à la fin, c’est toujours la puissance du produit qui fait foi.