Adieu à l'époque des débuts, comment les market makers en cryptomonnaie accomplissent-ils leur « rite de passage » ?

Auteur : Ada, Deep Tide TechFlow

Titre original : Adieu la jungle, les market makers en cryptomonnaie entrent dans leur « rite de passage »


Dans le paysage de l’opinion publique sur les cryptomonnaies, les market makers semblent toujours occuper le sommet de la chaîne alimentaire. Ils sont considérés comme des « gagnants systémiques » aux côtés des échanges, imaginés comme des « pompes à liquide » qui ne prennent pas de risques directionnels mais récoltent les bénéfices à chaque fluctuation du marché.

Cependant, lorsque vous pénétrez réellement dans cette industrie, vous découvrez un autre tableau : certains explosent leur position en une nuit lors de marchés extrêmes, d’autres quittent discrètement suite à une erreur de gestion des risques, et beaucoup, face à une réduction drastique des profits, à l’échec des guerres de prix et à la rareté des actifs de qualité, sont contraints de reconstruire tout leur modèle commercial.

Les jours des market makers en cryptomonnaie ne sont pas aussi glamour qu’on pourrait le penser.

Au cours des deux dernières années, cette industrie a connu un nettoyage silencieux mais sanglant. Avec la baisse des profits exorbitants, le resserrement des règles, la capacité à se conformer, la gestion des risques et l’accumulation technologique ont remplacé l’audace et la manipulation grise d’autrefois, devenant les nouveaux seuils de survie. Ce n’est plus un jeu où « celui qui a le plus de courage gagne », mais une compétition de survie à long terme, professionnelle, avec une tolérance d’erreur très faible.

Lors d’entretiens approfondis avec plusieurs des principaux market makers, un consensus clair émerge : les cryptomarket makers d’aujourd’hui ne sont plus simplement des « fournisseurs de liquidité », mais évoluent vers une forme hybride mêlant « investisseurs du marché secondaire + gestionnaires de risques + infrastructure ».

Lorsque la marée se retire, la concurrence devient rationnelle, les risques sont entièrement exposés : qui quitte la scène ? Qui peut encore rester à la table ?

De « l’arbitrage de la jungle » à une « institutionnalisation avancée »

Si l’on remonte à 2017, il était presque impossible de parler de « market maker en cryptomonnaie » dans sa forme moderne.

À cette époque, le market making ressemblait davantage à une fête d’arbitrage gris. Emprunter des tokens, manipuler les prix, couvrir ses positions, rendre les tokens… Lors des périodes de forte liquidité, on déversait ses positions, et lors des phases de longue traîne, on accumulait lentement. La frontière entre échanges, projets et market makers était floue, et des pratiques comme la manipulation de prix ou les transactions fictives, considérées comme de graves délits en finance traditionnelle, étaient monnaie courante.

Mais le temps ne pardonne pas, et ce modèle est en train d’être éliminé.

Plusieurs interviewés s’accordent à dire que, en 2017, les market makers s’appuyaient sur leur audace et l’asymétrie d’information ; aujourd’hui, ils s’appuient sur des systèmes, la gestion des risques et la conformité.

Le changement fondamental ne réside pas simplement dans une « évolution des méthodes », mais dans une transformation structurelle profonde du secteur. Autrefois, respecter les règles était une question de morale ; aujourd’hui, c’est une question de survie.

Joesph, associé chez Klein Labs, révèle que toutes leurs activités doivent désormais s’inscrire dans une logique « d’auditabilité ». Contrats standardisés, audits financiers, détails des transactions, rapports de livraison : ce qui était optionnel est devenu la norme. À cette fin, le coût de conformité représente désormais 30 à 50 % des dépenses opérationnelles.

Avec l’accélération de la conformité des échanges, la transparence accrue des financements des projets, et la narration réglementaire qui devient dominante, la logique de survie des market makers doit être repensée. Le modèle « opération en boîte noire + orientation résultats » d’autrefois est en train d’être systématiquement éliminé.

Un signal clair : de plus en plus de market makers intègrent « Regulation First » (conformité d’abord) dans leur discours de marque, sans plus la cacher.

Ce changement de rôle est également profond. À l’époque de la jungle, les market makers n’étaient que des exécutants, les projets fournissaient des fonds et des tokens, et ils se chargeaient de la mise en place des ordres. Aujourd’hui, ils ressemblent davantage à des partenaires secondaires.

« La décision d’accepter un projet ne relève plus seulement d’une évaluation, mais d’un véritable processus d’investissement. La solidité du projet, sa structure de circulation, la configuration de l’échange, la volatilité attendue : tout est quantifié à l’avance. » explique Joesph. « Les projets qui ne figurent pas dans le top 1000 en capitalisation n’ont même pas la chance d’être discutés. »

La raison est simple. Un projet médiocre peut absorber tout le budget de risque d’un market maker pendant une année entière. En ce sens, le market making n’est plus une simple « activité de service » mais un jeu à long terme autour de l’exposition au risque.

Bien sûr, l’arbitrage de la jungle n’a pas totalement disparu, mais il est marginalisé.

Dans l’ombre de l’industrie, des opérations à haut risque et à forte zone grise existent encore, mais leur échelle devient de plus en plus difficile à maintenir, leur espace de survie se réduit à l’extrême. Lorsque les échanges, les projets et le sentiment du marché privilégient une « liquidité stable », ceux qui ne respectent pas les règles deviennent eux-mêmes un risque systémique.

Dans le domaine actuel du market making en cryptomonnaie, « la conformité » devient pour la première fois un avantage concurrentiel clé, plutôt qu’un simple devoir moral.

Les profits exorbitants disparaissent

Par rapport au dernier cycle haussier, le budget alloué par les projets aux market makers a considérablement diminué. « Selon les données, certains projets ont réduit leur budget Token de 50 % par rapport à la dernière fois. » souligne Vincent, directeur technique de Kronos Research.

Mais ce n’est pas seulement une question de « réduction de budget », la véritable force motrice réside dans l’évolution de la mentalité des donneurs d’ordre (les projets).

Les projets ont considérablement amélioré leur compréhension du métier de market maker. Ils commencent à connaître la marge de profit, et ne se contentent plus de promesses floues de liquidité, mais exigent des KPI quantifiables, une logique claire de livraison, et une explication approfondie de l’efficacité de chaque utilisation de fonds.

En résumé, moins de fonds, mais des exigences plus élevées.

Face à cette pression, les principaux market makers ne se lancent pas dans une guerre des prix aveugle. Vincent insiste : le market making est un secteur qui repose sur des systèmes, la gestion des risques et l’expérience. Si les prix proposés tombent en dessous du coût de couverture des risques, ce n’est pas la profitabilité qui est en danger, mais la survie même. Lorsqu’un rapport risque/rendement est déséquilibré, ils préfèrent abandonner.

Cela signifie que le marché n’a pas été totalement détruit par les « joueurs à bas prix », mais a plutôt sélectionné une poignée de survivants qui respectent leurs limites.

Un phénomène récent est aussi notable : la rareté des clients de qualité, et l’absence de profit sur les projets à longue traîne.

Reele d’ATH-Labs déclare : « Les projets qui ont réellement une valeur pour le market making sont bien moins nombreux que le nombre de market makers sur le marché. » Beaucoup de projets à longue traîne, faute de profondeur ou facilement arbitrables, ne parviennent pas à générer des revenus durables, même en atteignant leurs objectifs de market making.

Cela crée une situation typique de « trop de prétendants, peu de ressources » : les market makers de premier rang se concentrent sur les projets de qualité, tandis que les petites équipes se battent dans des marges faibles et des risques très élevés.

Dans ce contexte, le market making évolue d’un simple « centre de profit » à une « porte d’entrée relationnelle ». Beaucoup de market makers voient cette activité comme un levier pour établir des collaborations à long terme, en pénétrant dans la gestion de trésorerie, le OTC, les produits structurés, voire en devenant conseillers pour le marché secondaire ou gestionnaires d’actifs.

En d’autres termes, la véritable rentabilité ne réside plus dans les « frais de market making », mais dans les activités qui en découlent. Cela explique aussi pourquoi de nombreux market makers actifs étendent leurs activités d’investissement, de gestion d’actifs ou de conseil, non pas en se diversifiant, mais en cherchant un « espace de survie » pour une activité principale déjà comprimée.

Reconfiguration sectorielle : la division de la table de jeu

Lors du dernier cycle, la compétition entre market makers se déroulait principalement sur la même table : mêmes échanges, mêmes produits, mêmes indicateurs de liquidité.

Mais cette année, cette table est en train d’être divisée.

L’émergence de nouvelles voies comme le market making on-chain, les dérivés, la tokenisation d’actions modifie systématiquement la configuration de la compétition.

Au niveau narratif, le market making on-chain est souvent présenté comme « ouvert, décentralisé », mais dans la pratique, ses barrières d’entrée ne font que monter. L’incertitude sur la véritable liquidité, les limites de l’environnement d’exécution, et les risques constants liés aux smart contracts en font une compétence totalement différente, et non une simple réduction de dimension.

Comparé au market making on-chain, le market making sur dérivés présente des caractéristiques opposées. Son seuil d’entrée est élevé, mais une fois maîtrisé, la barrière est très difficile à franchir.

Dans le domaine des dérivés, le marché des contrats impose des exigences extrêmes en gestion des risques et des positions, ce qui favorise naturellement les acteurs institutionnels disposant de plus de capital, d’expérience en gestion des risques, et d’une infrastructure plus mature. De nouveaux entrants ont des chances, mais leur tolérance à l’erreur est très faible.

Quant à la tokenisation d’actions, souvent vue comme un pont vers la finance traditionnelle, elle en est encore à ses débuts dans le market making. La complexité des stratégies de couverture et de livraison constitue un obstacle majeur, et la majorité des market makers adoptent une attitude prudente, privilégiant la recherche et la prudence.

En résumé, c’est un secteur à fort potentiel, mais dont le modèle de market making stable n’est pas encore consolidé.

Selon Reele, ces nouvelles voies de market making ne sont pas seulement en train de remodeler la structure de l’industrie, mais aussi de constituer une source de pression pour leur innovation. Bien que la clientèle se soit réduite, il faut rapidement s’adapter aux nouvelles tendances qui émergent, et offrir aux projets des stratégies de market making plus performantes.

« L’industrie du market making évolue d’un ‘marché unifié’ vers une ‘écologie multi-voie’ structurée. La compétition entre market makers passe d’une ‘course à l’homogénéité’ à une différenciation des capacités entre différentes voies. » indique Reele.

Les murailles de la cryptomonnaie en tant que marché

Après le recul des profits, le déplacement des rôles et la segmentation des voies, une réalité devient de plus en plus claire : la compétition entre market makers ne consiste plus à savoir « qui est le plus agressif », mais « qui fait le moins d’erreurs ».

À ce stade, ce qui distingue réellement, ce n’est pas une seule force, mais un ensemble de capacités systémiques difficilement reproductibles.

Ces capacités incluent un système de trading stable, une gestion rigoureuse des risques, une forte capacité de recherche, la conformité et l’auditabilité, qui ensemble forment la confiance dans le secteur du market making en cryptomonnaie.

Joesph révèle que le coût de confiance et de conformité pour construire ce système est aujourd’hui le poste de dépense le plus important. Bien que le marché du market making en crypto soit très concurrentiel, pour un novice, il n’est pas évident de bâtir rapidement une réputation et une confiance, ni de gérer efficacement les risques.

Le grand nettoyage du marché en cryptomonnaie du 11 octobre 2025 en est une illustration. Vincent indique que cet incident a montré que la vitesse de transmission des effets de levier et de liquidation dépasse désormais largement la capacité de réaction des systèmes traditionnels de gestion des risques ; l’industrie se divise rapidement, et les équipes avec des infrastructures ou des capacités de gestion des risques insuffisantes seront éliminées. Le marché tend vers une concentration accrue et une plus grande institutionnalisation.

« Aujourd’hui, le market making est une véritable ingénierie systémique. Ce qui survivra à long terme, ce ne sont pas ceux qui ont évité une seule crise, mais ceux qui ont anticipé la possibilité d’un nettoyage et s’y sont préparés dès le départ. » conclut Vincent.

En résumé, la véritable murailles des market makers réside dans leur capacité à éviter « de faire des erreurs fatales » à plusieurs étapes clés. Cela explique un résultat contre-intuitif : les market makers les plus performants sont ceux qui sont les plus contrôlés, les plus institutionnels et les plus systématiques.

Lorsque le marché entre dans une nouvelle phase de compétition intense et de systématisation des risques, les market makers en cryptomonnaie ne sont plus de simples « arbitragistes marginaux », mais deviennent des acteurs fondamentaux, hautement contraints, du système financier cryptographique.

Leur logique de survie s’approche de celle du secteur financier traditionnel, opérant avec la précision des géants de la haute fréquence de Wall Street, mais dans un environnement extrême : un « forêt sombre » 7×24, avec une volatilité dix fois supérieure à celle du Nasdaq.

Ce n’est pas seulement un retour aux finance traditionnelles, mais une véritable évolution des espèces dans un environnement extrême.

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