L'utilisation des cryptomonnaies selon la jurisprudence islamique : le minage est-il permis ou interdit ?

Ces dernières années, le monde islamique a connu des débats houleux sur la légitimité de l’utilisation des cryptomonnaies, en particulier la minage et sa jurisprudence. Ce débat complexe ne s’est pas limité aux cercles académiques, mais s’est étendu aux instances religieuses officielles et aux grandes autorités religieuses dans le monde arabe et islamique. Depuis l’apparition du Bitcoin et la diffusion des technologies cryptographiques, les juristes ont été en désaccord quant à la licéité pour un musulman d’investir dans ces technologies ou non.

Qu’est-ce que le minage numérique ? Définition et mécanisme

Avant d’aborder les jugements religieux, il est essentiel de comprendre précisément ce qu’est le minage. Le minage de cryptomonnaies n’est pas une opération physique comme pourrait le laisser penser le nom, mais un processus de calcul complexe par lequel des individus résolvent de grandes équations mathématiques en utilisant une puissance de traitement informatique.

En réalité, les mineurs travaillent à ajouter de nouveaux blocs à la (Blockchain), la chaîne numérique qui enregistre toutes les transactions. Lorsqu’un bloc est ajouté avec succès, le mineur reçoit une récompense sous forme de nouvelles cryptomonnaies ou de frais de transaction. Ce processus nécessite des appareils très avancés, surtout lors du minage de monnaies lourdes comme le Bitcoin.

Le mineur peut opérer de façon indépendante ou rejoindre des pools de minage en cloud qui offrent une puissance de traitement partagée. Cette diversité de méthodes a, à son tour, soulevé plusieurs questions juridiques.

Divergences juridiques sur le minage de cryptomonnaies

Les grandes institutions islamiques n’ont pas abouti à un consensus unique sur la question du minage, mais plusieurs tendances et opinions différentes ont émergé :

La première tendance : l’interdiction et la prohibition

Plusieurs autorités religieuses ont interdit la manipulation des cryptomonnaies en général, y compris le minage. Parmi ces autorités :

La position saoudienne : Plusieurs membres de l’###Ulema( ont émis des fatwas interdisant les cryptomonnaies. Sheikh Abdullah Al-Manea a basé sa fatwa sur le fait que ces monnaies ne sont pas tangibles, ne reposent pas sur une couverture matérielle en or ou en argent, et qu’elles ne sont pas émises par une entité gouvernementale responsable. De plus, il les considère comme utilisables dans des transactions riba.

La position d’Al-Azhar : Le Conseil des savants d’Al-Azhar a examiné cette question dans plusieurs fatwas et séminaires, concluant que les cryptomonnaies comportent de grands risques économiques et juridiques, notamment l’opacité de leurs sources et l’absence de contrôle légal et financier. Par conséquent, Al-Azhar considère que leur utilisation n’est pas licite dans leur forme actuelle.

La Dar Al-Ifta égyptienne, jordanienne, koweïtienne, turque, émiratie et qatarie a également publié des fatwas similaires interdisant leur utilisation.

) La deuxième tendance : la permissivité sous conditions

D’un autre côté, certains juristes et spécialistes estiment que le minage peut être permis sous certaines conditions. Cette position s’appuie sur plusieurs arguments :

Le site “Islam Question & Réponse” considère que la licéité de manipuler des cryptomonnaies dépend de la présence de certaines règles religieuses, telles que la prise de possession immédiate et la propriété réelle de la monnaie, en dehors du commerce à marge. Selon cette compréhension, si la monnaie remplit ces conditions, le minage en est considéré comme une activité d’investissement licite.

IslamWeb indique que le Conseil islamique de la fatwa, affilié à l’Organisation de la coopération islamique, a reconnu que des questions fondamentales restent non résolues, comme la classification des cryptomonnaies elles-mêmes : sont-elles une marchandise, un avantage ou un actif financier ? Face à cette incertitude, cette tendance estime qu’il est nécessaire de ne pas se précipiter dans une décision finale.

Le minage en cloud : une jurisprudence différenciée

Ces dernières années ont vu émerger un nouveau modèle de minage appelé minage en cloud, qui consiste à louer une puissance de traitement auprès de sociétés spécialisées plutôt qu’à acheter des appareils coûteux. Une étude religieuse de la faculté des études islamiques et arabes pour les filles à Alexandrie a examiné ce modèle et conclu que :

Le minage en cloud, de type contrat de location, est considéré comme un contrat de location pour la jouissance d’appareils, et est en principe licite tant qu’il ne comporte pas d’interdits. Mais s’il est associé à des mécanismes douteux comme le marketing pyramidal ou un manque de transparence dans les contrats et la répartition des profits, il devient illicite. L’étude a établi des critères stricts pour la licéité du minage en cloud :

  1. Clarté du type de contrat juridique ###Est-ce une location ou un partenariat(
  2. Connaissance complète des détails financiers et des gains attendus
  3. Éviter tout programme pyramidal ou opaque
  4. Vérifier la réputation, la fiabilité de la société et ses mécanismes de distribution des profits

) Plateformes principales de minage en cloud

Le marché fonctionne actuellement avec plusieurs plateformes relativement fiables :

Binance Cloud Mining : offre la location de puissance de traitement pour le Bitcoin et d’autres monnaies, mais ses commissions sont relativement élevées et elle se limite au Bitcoin, Litecoin, Ethereum et autres altcoins. La principale avantage est la facilité d’utilisation.

Genesis Mining : spécialisée dans le minage à long terme, propose diverses options pour différentes monnaies, mais les profits prennent plus de temps à se réaliser.

NiceHash : fonctionne comme un marché ouvert pour la location de puissance de traitement, offrant une grande flexibilité dans le choix, mais les utilisateurs rencontrent de fortes fluctuations des prix et des rendements.

Le Bitcoin sous le microscope juridique

Parmi les cryptomonnaies les plus connues et sujettes à débat religieux, le Bitcoin. La position des juristes à son sujet :

Une partie des juristes l’interdit directement car :

  • c’est une monnaie virtuelle sans garantie d’une autorité gouvernementale
  • elle expose les utilisateurs au risque de perte de fonds
  • elle ouvre la porte à la spéculation et au jeu illicite
  • il n’existe aucune supervision religieuse ou économique sur son émission

Des fatwas ont été émises par la Dar Al-Ifta en Égypte, en Jordanie, au Koweït, en Turquie, aux Émirats et au Qatar, interdisant son utilisation. Sur la base de ce consensus large ###et même s’il n’est pas total(, le minage de Bitcoin est considéré comme ayant le même jugement et n’est pas licite en Islam.

Autres cryptomonnaies : une analyse détaillée

)USDT : une exception potentielle

Le dollar numérique ###USDT( diffère radicalement de ses homologues. Selon des études spécialisées, cette monnaie :

  • ne peut pas être minée par des particuliers ordinaires
  • est émise exclusivement par la Réserve fédérale américaine ou des entités autorisées
  • est soumise à une surveillance officielle et à des conditions légales strictes
  • est en réalité une extension numérique du dollar papier

Pour ces raisons, le dollar numérique est considéré comme ayant le même statut que la monnaie papier officielle, et il n’y a pas d’inconvénient à l’utiliser pour acheter ou vendre tant qu’il est émis avec une licence officielle.

) La monnaie XRP ###Ripple(

La monnaie XRP est la cryptomonnaie principale du réseau Ripple, un réseau mondial spécialisé dans la compensation des paiements et l’échange de devises. Les points forts de ce réseau :

  • offre des services légaux et clairs comme la facilitation des transferts et le financement des transactions
  • ne comporte pas d’activités douteuses dans sa structure fondamentale
  • fonctionne comme un intermédiaire neutre entre les parties

Les études religieuses n’ont pas détecté d’infractions religieuses dans l’utilisation de cette monnaie, ce qui en fait une cryptomonnaie licite. Par conséquent, il est possible d’investir et de manipuler cette monnaie dans le respect des règles islamiques générales.

) La monnaie DOGE DogeCoin

La monnaie Dogecoin a commencé comme un projet humoristique mais est devenue l’une des plus importantes. Les points principaux :

  • dépourvue d’activités douteuses ou interdites
  • la majorité des études religieuses la classent parmi les cryptomonnaies licites
  • il est possible de la posséder ou de la négocier en respectant les règles religieuses

Le minage de DOGE est soumis aux mêmes considérations juridiques que pour les autres monnaies : licite si la transparence est assurée, sans riba ni gharar, interdit si associé à des risques excessifs ou à de l’incertitude.

Le minage : un vrai investissement ou une fausse loterie ?

La question cruciale : le minage constitue-t-il un investissement légitime ou une forme déguisée de riba et de jeu ?

Cas 1 - Minage licite : Si la personne considère le minage comme un véritable investissement, en louant une puissance de traitement ou en utilisant ses propres appareils, et en obtenant un bénéfice clair et connu, cela ressemble à un contrat de location classique. Dans ce cas, le minage repose sur l’effort et la récompense, et non sur le jeu.

Cas illicites : Le minage dévie du cadre islamique dans plusieurs situations :

  1. Entreprises douteuses : traiter avec des sociétés non fiables qui pratiquent la fraude ou manquent de transparence

  2. Cryptomonnaies interdites : miner des monnaies liées à des activités frauduleuses ou à des transactions riba

  3. Systèmes pyramidaux : entrer dans des sociétés fictives basées sur le marketing pyramidal et les parrainages, où les participants paient des sommes sans contrepartie réelle autre que la promesse de profits issus de nouveaux membres. Cela relève du riba et du gharar interdit.

Le critère correct est de respecter pleinement les règles religieuses : transparence totale, absence de riba, évitement de la spéculation et des risques excessifs.

La spéculation sur les cryptomonnaies : jugements islamiques

La spéculation sur les cryptomonnaies est soumise aux mêmes règles que toute autre monnaie. La spéculation n’est licite que sous certaines conditions :

  1. Prise de possession réelle ou symbolique : doit être effective, pas virtuelle

  2. Vente et achat immédiats : la transaction doit être conclue sur le champ, sans délai

  3. Partage des profits selon un pourcentage : en cas de partenariat, les profits doivent être répartis selon un pourcentage convenu, et non par une somme fixe

  4. Aucune garantie du capital : le spéculateur ne garantit pas le capital sauf en cas de négligence ou de transgression

Vue d’ensemble : le minage est-il permis en Islam ou non ?

Après avoir examiné les différentes opinions juridiques, il apparaît clairement que la réponse ne doit pas être simplement “oui” ou “non” absolu. La réalité est plus complexe :

Les variables clés :

Premièrement, la nature de la monnaie elle-même : s’agit-il d’une monnaie officielle gouvernementale ou d’une monnaie décentralisée comme le Bitcoin ?

Deuxièmement, le mécanisme de minage et la clarté du contrat : l’opération est-elle totalement transparente ou comporte-t-elle des zones d’ombre ?

Troisièmement, la société ou le pool avec lequel vous traitez : est-il fiable et a-t-il un bon historique ou présente-t-il des doutes ?

Résumé pratique :

Le minage de cryptomonnaies peut être licite s’il remplit des conditions strictes : la monnaie elle-même doit être licite, le mécanisme de minage doit être totalement transparent, le contrat doit être exempt de riba, gharar et spéculation, et la société doit être fiable et transparente.

Il peut être interdit s’il y a un manquement à l’une de ces conditions : monnaie interdite, opacité dans le mécanisme, lien avec des sociétés douteuses, ou présence d’éléments riba.

Les questions que tout le monde se pose

Q : Y a-t-il un consensus islamique sur l’interdiction du minage ?

R : Non, les juristes ne sont pas tous d’accord. Certains l’ont interdit, d’autres l’autorisent sous conditions. Le désaccord est réel, pas formel.

Q : Qu’en est-il pour un musulman souhaitant commencer le minage ?

R : Il doit d’abord vérifier le jugement de la monnaie qu’il veut miner, puis s’assurer de la fiabilité de la société ou du pool, et enfin vérifier que l’opération ne comporte pas d’éléments riba ou d’opacité.

Q : Le minage est-il financièrement avantageux ?

R : Cela dépend des coûts en électricité et en appareils par rapport aux gains potentiels, ainsi que de la stabilité de la monnaie elle-même. Tout minage n’est pas forcément rentable, et l’investisseur peut perdre de l’argent.

Q : La distinction entre minage individuel et en cloud a-t-elle une importance juridique ?

R : Oui, il y a une différence. Le minage en cloud est considéré comme un contrat de location d’une jouissance, avec des règles différentes du minage individuel avec ses appareils. Mais tous deux nécessitent de respecter les mêmes principes fondamentaux de la charia.

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