La nuit du 18 décembre a marqué une rupture dans la dynamique du marché. Les données d’inflation américaines publiées par le Bureau of Labor Statistics ont révélé des chiffres qui ont surpris même les analystes les plus expérimentés : l’IPC annuel de novembre a enregistré 2,7 %, bien en dessous de la prévision du marché de 3,1 %. Plus significatif encore, l’IPC sous-jacent n’a atteint que 2,6 %, non seulement inférieur à l’attente de 3 %, mais aussi le niveau le plus bas depuis mars 2021.
La réaction a été immédiate. Le dollar s’est déprécié de 22 points en quelques minutes, tandis que l’or a connu une hausse de 16 dollars. Les contrats à terme du Nasdaq 100 ont progressé de plus de 1 %, et les rendements des obligations du Trésor ont chuté brutalement.
Cependant, derrière ces chiffres captivants, se cache une complexité qu’il ne faut pas ignorer. Le rapport manque de données d’octobre en raison de la fermeture gouvernementale précédente, supposant une stabilité zéro de l’IPC ce mois-là. Selon UBS, ce traitement statistique introduit un biais baissier d’environ 27 points de base, ce qui signifie que les chiffres réels pourraient être plus proches de 3,0 % attendu par le marché.
La dynamique cachée : tensions internes à la Fed
Bien que le diagramme de points de la Fed suggère une trajectoire ordonnée de réductions de 25 points de base par an pour 2026 et 2027 (portant le taux médian à 3,4 % et 3,1 % respectivement), la réalité interne est nettement plus conflictuelle.
Lors du vote le plus récent, la décision de réduire de 25 points de base en décembre n’a été approuvée qu’avec 9 voix pour et 3 contre, le plus grand nombre de voix dissidentes en six ans. Alors que Schmid de Kansas City et Goolsbee de Chicago ont plaidé pour maintenir les taux inchangés, le gouverneur Milan a soutenu des réductions encore plus agressives. Bostic d’Atlanta, quant à lui, a prévu zéro réduction pour 2026, arguant que la croissance du PIB restera autour de 2,5 %, justifiant une posture politique restrictive.
Le diagramme de points ne reflète donc pas ces profondes divergences. BlackRock suggère une trajectoire plus modérée, anticipant des taux proches de 3 % en 2026, divergeant du point médian officiel de 3,4 %. Cet écart entre l’orientation officielle et les attentes du marché reflète l’incertitude qui caractérisera l’année à venir.
L’inflation comme thermomètre du marché du travail
Au-delà des chiffres agrégés, la composition du refroidissement inflationniste est révélatrice. L’inflation dans le logement a chuté de manière significative, passant de 3,6 % à 3,0 % annuel, en tête de la modération de l’IPC sous-jacent. Ce mouvement indique que les pressions sous-jacentes sur les services de base diminuent réellement, et pas seulement en raison d’anomalies statistiques.
Par ailleurs, les demandes d’allocations chômage se sont situées à 224 000, légèrement en dessous de l’attente de 225 000, inversant la hausse de la semaine précédente. Le marché du travail reste stable, mais des signes de faiblesse commencent à apparaître. CMB International Securities prévoit qu’au premier semestre 2026, la baisse des prix du pétrole et le ralentissement des augmentations salariales pourraient permettre de nouvelles réductions, tandis qu’au second semestre, l’inflation pourrait repartir à la hausse.
Scénarios divergents pour 2026 : le diagramme de points en perspective
Wall Street reste divisée quant à l’évolution des taux d’intérêt. ICBC International anticipe des réductions totales de 50-75 points de base en 2026, portant le taux à des niveaux « neutres » proches de 3 %. JPMorgan, au contraire, adopte une vision prudente, comptant sur la résilience de l’investissement fixe non résidentiel américain et projetant une stabilisation entre 3 % et 3,25 % vers le milieu de l’année.
Le groupe ING propose deux scénarios extrêmes liés au diagramme de points implicite. Dans le premier, une détérioration substantielle des fondamentaux économiques obligerait la Fed à assouplir de manière agressive, pouvant faire atteindre le rendement des obligations à 10 ans environ 3 %. Dans le second, une relâchement monétaire excessif sans ralentissement clair nuirait à la crédibilité de l’institution, déclenchant des inquiétudes inflationnistes qui pourraient faire grimper les rendements à 5 % ou plus.
Le nouveau mécanisme de gestion des réserves : flexibilisation cachée
Un aspect souvent ignoré est la transformation du mécanisme opérationnel de la Fed. Au quatrième trimestre 2025, l’ajustement quantitatif, en place depuis près de trois ans, prendra fin. À partir de janvier 2026, les « Achats de gestion des réserves » (RMP) remplaceront ce régime.
Bien que la Fed classe officiellement ces achats comme des opérations techniques pour garantir la liquidité, le marché tend à les interpréter comme une « flexibilisation implicite » ou protocuantitative. Cette transition pourrait devenir une variable critique capable de compenser les réductions de taux et de maintenir des conditions monétaires plus accommodantes que ce que suggère le diagramme de points superficiel.
Perspectives d’investissement dans un scénario d’incertitude
Pour les investisseurs, BlackRock recommande diverses stratégies en fixed income adaptées à l’environnement macroéconomique actuel :
Allouer de la liquidité aux obligations du Trésor à court terme (0-3 mois) ou aux fonds diversifiés à courte durée
Augmenter l’exposition aux obligations à durée moyenne
Construire des échelles d’obligations pour assurer des rendements stables
Rechercher des rendements additionnels via des obligations à haut rendement et des titres des marchés émergents
Kevin Flanagan de WisdomTree avertit que la Fed est devenue une « institution divisée » dont le seuil pour une plus grande accommodation est exceptionnellement élevé. Tant que l’inflation restera environ un point de pourcentage au-dessus de l’objectif, il sera extrêmement difficile de justifier des réductions consécutives, sauf si le marché du travail se refroidit significativement.
En avant : incertitude politique et données économiques
Le changement de leadership à la Fed introduit également des variables imprévisibles. Le mandat du président Powell se termine en mai 2026, et un nouveau président pourrait recalibrer à la fois la direction et la communication de la politique monétaire.
Bien que ce rapport de novembre présente des lacunes statistiques évidentes, il a fourni au marché une base pour réévaluer les trajectoires futures des taux d’intérêt. Guolian Minsheng Securities indique que, même si ces données ne provoquent pas de réductions en janvier, elles amplifieront indubitablement les positions dovish au sein de l’institution. Si décembre continue de montrer une modération inflationniste, la Fed sera confrontée à une pression réelle pour reconsidérer sa trajectoire de réductions.
Le diagramme de points projette une trajectoire ordonnée, mais les opérateurs de marché naviguent dans des réalités plus complexes : friction politique interne, transformations opérationnelles cachées, et l’écart croissant entre l’orientation officielle et les attentes des participants. Dans ce contexte, les prochains mois de données économiques détermineront si la modération inflationniste est soutenable ou simplement un mirage statistique.
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L'inflation modérée stimule les attentes de réductions : que cachent les chiffres derrière le graphique en points ?
Une annonce qui a secoué les marchés financiers
La nuit du 18 décembre a marqué une rupture dans la dynamique du marché. Les données d’inflation américaines publiées par le Bureau of Labor Statistics ont révélé des chiffres qui ont surpris même les analystes les plus expérimentés : l’IPC annuel de novembre a enregistré 2,7 %, bien en dessous de la prévision du marché de 3,1 %. Plus significatif encore, l’IPC sous-jacent n’a atteint que 2,6 %, non seulement inférieur à l’attente de 3 %, mais aussi le niveau le plus bas depuis mars 2021.
La réaction a été immédiate. Le dollar s’est déprécié de 22 points en quelques minutes, tandis que l’or a connu une hausse de 16 dollars. Les contrats à terme du Nasdaq 100 ont progressé de plus de 1 %, et les rendements des obligations du Trésor ont chuté brutalement.
Cependant, derrière ces chiffres captivants, se cache une complexité qu’il ne faut pas ignorer. Le rapport manque de données d’octobre en raison de la fermeture gouvernementale précédente, supposant une stabilité zéro de l’IPC ce mois-là. Selon UBS, ce traitement statistique introduit un biais baissier d’environ 27 points de base, ce qui signifie que les chiffres réels pourraient être plus proches de 3,0 % attendu par le marché.
La dynamique cachée : tensions internes à la Fed
Bien que le diagramme de points de la Fed suggère une trajectoire ordonnée de réductions de 25 points de base par an pour 2026 et 2027 (portant le taux médian à 3,4 % et 3,1 % respectivement), la réalité interne est nettement plus conflictuelle.
Lors du vote le plus récent, la décision de réduire de 25 points de base en décembre n’a été approuvée qu’avec 9 voix pour et 3 contre, le plus grand nombre de voix dissidentes en six ans. Alors que Schmid de Kansas City et Goolsbee de Chicago ont plaidé pour maintenir les taux inchangés, le gouverneur Milan a soutenu des réductions encore plus agressives. Bostic d’Atlanta, quant à lui, a prévu zéro réduction pour 2026, arguant que la croissance du PIB restera autour de 2,5 %, justifiant une posture politique restrictive.
Le diagramme de points ne reflète donc pas ces profondes divergences. BlackRock suggère une trajectoire plus modérée, anticipant des taux proches de 3 % en 2026, divergeant du point médian officiel de 3,4 %. Cet écart entre l’orientation officielle et les attentes du marché reflète l’incertitude qui caractérisera l’année à venir.
L’inflation comme thermomètre du marché du travail
Au-delà des chiffres agrégés, la composition du refroidissement inflationniste est révélatrice. L’inflation dans le logement a chuté de manière significative, passant de 3,6 % à 3,0 % annuel, en tête de la modération de l’IPC sous-jacent. Ce mouvement indique que les pressions sous-jacentes sur les services de base diminuent réellement, et pas seulement en raison d’anomalies statistiques.
Par ailleurs, les demandes d’allocations chômage se sont situées à 224 000, légèrement en dessous de l’attente de 225 000, inversant la hausse de la semaine précédente. Le marché du travail reste stable, mais des signes de faiblesse commencent à apparaître. CMB International Securities prévoit qu’au premier semestre 2026, la baisse des prix du pétrole et le ralentissement des augmentations salariales pourraient permettre de nouvelles réductions, tandis qu’au second semestre, l’inflation pourrait repartir à la hausse.
Scénarios divergents pour 2026 : le diagramme de points en perspective
Wall Street reste divisée quant à l’évolution des taux d’intérêt. ICBC International anticipe des réductions totales de 50-75 points de base en 2026, portant le taux à des niveaux « neutres » proches de 3 %. JPMorgan, au contraire, adopte une vision prudente, comptant sur la résilience de l’investissement fixe non résidentiel américain et projetant une stabilisation entre 3 % et 3,25 % vers le milieu de l’année.
Le groupe ING propose deux scénarios extrêmes liés au diagramme de points implicite. Dans le premier, une détérioration substantielle des fondamentaux économiques obligerait la Fed à assouplir de manière agressive, pouvant faire atteindre le rendement des obligations à 10 ans environ 3 %. Dans le second, une relâchement monétaire excessif sans ralentissement clair nuirait à la crédibilité de l’institution, déclenchant des inquiétudes inflationnistes qui pourraient faire grimper les rendements à 5 % ou plus.
Le nouveau mécanisme de gestion des réserves : flexibilisation cachée
Un aspect souvent ignoré est la transformation du mécanisme opérationnel de la Fed. Au quatrième trimestre 2025, l’ajustement quantitatif, en place depuis près de trois ans, prendra fin. À partir de janvier 2026, les « Achats de gestion des réserves » (RMP) remplaceront ce régime.
Bien que la Fed classe officiellement ces achats comme des opérations techniques pour garantir la liquidité, le marché tend à les interpréter comme une « flexibilisation implicite » ou protocuantitative. Cette transition pourrait devenir une variable critique capable de compenser les réductions de taux et de maintenir des conditions monétaires plus accommodantes que ce que suggère le diagramme de points superficiel.
Perspectives d’investissement dans un scénario d’incertitude
Pour les investisseurs, BlackRock recommande diverses stratégies en fixed income adaptées à l’environnement macroéconomique actuel :
Kevin Flanagan de WisdomTree avertit que la Fed est devenue une « institution divisée » dont le seuil pour une plus grande accommodation est exceptionnellement élevé. Tant que l’inflation restera environ un point de pourcentage au-dessus de l’objectif, il sera extrêmement difficile de justifier des réductions consécutives, sauf si le marché du travail se refroidit significativement.
En avant : incertitude politique et données économiques
Le changement de leadership à la Fed introduit également des variables imprévisibles. Le mandat du président Powell se termine en mai 2026, et un nouveau président pourrait recalibrer à la fois la direction et la communication de la politique monétaire.
Bien que ce rapport de novembre présente des lacunes statistiques évidentes, il a fourni au marché une base pour réévaluer les trajectoires futures des taux d’intérêt. Guolian Minsheng Securities indique que, même si ces données ne provoquent pas de réductions en janvier, elles amplifieront indubitablement les positions dovish au sein de l’institution. Si décembre continue de montrer une modération inflationniste, la Fed sera confrontée à une pression réelle pour reconsidérer sa trajectoire de réductions.
Le diagramme de points projette une trajectoire ordonnée, mais les opérateurs de marché naviguent dans des réalités plus complexes : friction politique interne, transformations opérationnelles cachées, et l’écart croissant entre l’orientation officielle et les attentes des participants. Dans ce contexte, les prochains mois de données économiques détermineront si la modération inflationniste est soutenable ou simplement un mirage statistique.