Le virage stratégique de Parity : de fournisseur d'infrastructure à constructeur de produits Web3

Au cours des vingt-quatre derniers mois, Polkadot a été confronté à une impasse difficile : sa technologie blockchain a atteint un niveau de classe mondiale, mais l’écosystème d’applications réelles peine à décoller. Au-delà du segment des finances décentralisées, les avancées dans d’autres espaces Web3 avancent au rythme d’un escargot. Les développeurs externes n’ont pas construit sur Polkadot avec l’intensité attendue, créant un goulot d’étranglement dans l’expansion de l’écosystème.

Cette réalité a changé lorsque Gavin Wood est revenu chez Parity en tant que leader stratégique. La décision a été catégorique : si le marché ne construit pas d’applications Web3 sur cette infrastructure, Parity devra le faire par lui-même.

Il ne s’agit pas de créer de simples démonstrations. C’est un pivot stratégique fondamental : passer de “Parity développe l’infrastructure, l’écosystème construit des applications” à “Parity prototype des produits qui remplacent véritablement les services Web2, en validant sur le terrain si la technologie de Polkadot tient ses promesses”.

Pourquoi le modèle de développeurs externes a échoué

Pierre Aubert, vice-président de l’ingénierie chez Parity, a été clair dans son diagnostic : deux ans d’investissements par des tiers n’ont tout simplement pas fonctionné comme prévu.

“Il y a vingt-quatre mois, nous pensions que Parity construirait la couche d’infrastructure blockchain et que les développeurs externes apporteraient les applications”, a expliqué Aubert. “La réalité a été différente. Maintenant, notre plan est de prototyper quelques petites applications en interne, en utilisant cette architecture décentralisée dans nos propres systèmes — ce qu’on appelle le ‘dogfooding’ — pour démontrer que c’est effectivement viable.”

Ce changement de perspective inclut la réimagination de scénarios quotidiens. Lors du Web3 Summit, par exemple, Parity achetait encore des billets via des fournisseurs Web2 traditionnels et validait l’accès avec des systèmes centralisés. Ce sont précisément ces points où la décentralisation pourrait intervenir.

Les avantages cachés de la décentralisation

L’argument de Pierre va au-delà de l’efficacité technique : “Si les systèmes centralisés répondent à vos besoins actuels, il n’y a pas de raison immédiate de changer. Mais en matière de contrôle d’accès, les avantages sautent aux yeux.”

Par exemple, une carte d’hôtel que plusieurs personnes peuvent facilement copier est un goulot d’étranglement de sécurité. Dans un système Web3 décentralisé, seul l’utilisateur peut générer son propre certificat d’accès, éliminant ce vecteur de vulnérabilité.

Vient ensuite la question de la confidentialité. Les services web traditionnels filtrent constamment des données : “Tous les six mois, une entreprise subit un piratage et mon adresse, mes mots de passe et mes informations bancaires sont exposés”, a souligné Aubert. “Polkadot devrait offrir une ‘sécurité par défaut’ : parce que vos données vous appartiennent.”

Un acheteur de billet pourrait prouver sa résidence en utilisant des preuves à divulgation zéro sans révéler son adresse exacte. Même si le système était compromis, les informations sensibles resteraient protégées. “Bien que les systèmes soient très matures aujourd’hui, s’ils peuvent être décentralisés, ils seront meilleurs et plus sûrs”, a conclu.

Comment Parity a amélioré sa productivité interne

Depuis qu’Aubert a pris ses fonctions de vice-président de l’ingénierie, il a mis en place des changements organisationnels simples mais profonds. “Rien de compliqué”, a-t-il précisé. “Juste établir des processus standardisés, une clarté des responsabilités et des critères d’évaluation justes.”

Le résultat a été remarquable : la productivité a explosé.

Selon ses observations, les ingénieurs prospèrent dans des environnements avec des règles claires et de l’équité. “Si tu gagnes plus que moi, c’est parce que tu es vraiment meilleur. Cette transparence, c’est ce qui fonctionne”, a-t-il affirmé.

Son approche privilégie les résultats plutôt que l’effort apparent. “Il y a des personnes qui travaillent dur et le font savoir, mais ne produisent pas de résultats. D’autres travaillent intelligemment, peut-être seulement vingt heures par semaine, mais ont un impact réel. C’est cela que nous valorisons”, a-t-il expliqué.

Le problème le plus fréquent lorsqu’un ingénieur ne produit pas de résultats n’est pas personnel, mais de gestion : objectifs vagues, manque de clarté sur les responsabilités, absence d’une chaîne de décision définie. “La clarté est la chose la plus importante. Un responsable doit pouvoir décider : ‘Allons-nous à gauche ou à droite ?’ Une fois cela établi, l’équipe avance sans friction.”

Polkadot Hub : succès du produit, leçons du processus

Polkadot Hub a-t-il été un succès ? “Oui et non”, a répondu Aubert de manière diplomatique.

En tant que produit, le résultat final est solide. Mais le chemin a révélé d’importantes erreurs d’ingénierie.

Initialement, l’équipe a choisi PVM pour ses performances supérieures. Après un an, ils ont découvert un goulot d’étranglement inattendu : la majorité des grands contrats intelligents d’Ethereum ne fonctionnaient pas sur PVM.

“Nous avons sous-estimé la complexité de l’écosystème EVM”, a reconnu Aubert. “Des choses comme les frameworks de test (Anvil), l’allocation de Gas… tout nécessitait de rétroporter le support EVM dans le système, compliquant énormément le projet.”

La leçon a été brutale mais éclairante : avant de commencer, il faut écrire et réfléchir en profondeur. Dans l’industrie crypto, beaucoup disent “Ce n’est pas grave, fais-le simplement !” Chaque fois qu’Aubert entend cela, il demande un document. “Beaucoup de choses qui semblent simples finissent par être complexes, et le projet s’étend plus que prévu.”

La stratégie duale : EVM d’abord, PVM ensuite

Pour Polkadot Hub, la stratégie est désormais pragmatique : les grands protocoles DeFi d’Ethereum seront déployés d’abord en EVM. Cela a du sens : ces projets ne tireront pas d’avantages de performance significatifs en utilisant PVM.

“Leurs contrats lisent essentiellement un solde, exécutent une logique, écrivent le résultat. Le goulot d’étranglement est dans la lecture/écriture des données, pas dans la computation”, a précisé Pierre. “EVM leur suffit.”

PVM brille dans les tâches intensives en calcul. À l’avenir, des opérations qui aujourd’hui se déroulent hors chaîne pourraient se faire en chaîne : calculs ZK-SNARK en temps réel, par exemple.

“Il y a beaucoup de choses que tu peux faire en PVM que tu ne peux pas en EVM. Cela profite à l’écosystème crypto : mettre plus de logique en chaîne réduit les pratiques étranges hors ligne et la dépendance aux oracles tiers”, a souligné Aubert.

La pile décentralisée : calcul, stockage, notifications

Gavin impulse des cycles d’itération de produit toutes les deux semaines. Ces prototypes utiliseront typiquement des contrats intelligents, bien que certains services (stockage, notifications) seront probablement des parachains indépendants.

En calcul : Polkadot dispose déjà d’un système mature.

En stockage : C’est la tâche la plus complexe. Parity développe un stockage intégré en chaîne, mais d’autres équipes travaillent aussi dessus : DataHaven (de l’écosystème), Eiger (primitifs de bas niveau), Moonbeam, et JamDA.

“Probablement, plusieurs solutions de stockage coexisteront”, a prédit Aubert. “Nous avons besoin de stockage décentralisé peu coûteux pour les photos, et aussi d’un stockage rapide pour des lectures/écritures fréquentes mais de petit volume de données.”

JamDA fonctionnerait comme stockage temporaire (les données expirent en 28 jours si elles ne sont pas renouvelées), tandis que des systèmes comme Filecoin pourraient servir de stockage à long terme. La différence clé avec IPFS : “IPFS ne garantit pas la disponibilité. Tu télécharges un document mais tu ne peux pas garantir qu’il restera lisible à l’avenir.”

Finalement, toute la pile sera protégée par la sécurité de Polkadot, mais pourrait initialement utiliser des systèmes existants comme une calculatrice de risques transitoire.

En notifications : Il s’agit de remplacer des serveurs centralisés qui, aujourd’hui, agissent comme intermédiaires pour connecter les utilisateurs derrière des pare-feu.

“Le défi est de décentraliser cette fonction sans métadonnées traçables. Dans des systèmes comme Signal, d’autres savent que je chatte, mais pas avec qui. Dans notre système, même cela ne devrait pas être visible”, a décrit Pierre.

L’objectif final : le cloud décentralisé

En substance, Parity reconstruit des systèmes Web2 très courants — calcul, stockage, notifications, identité — sous une architecture décentralisée.

“Pas à pas, nous construisons un ‘cloud’ ou un ‘serveur’ décentralisé. Tous les composants se perfectionnent progressivement”, a résumé Aubert.

Ce n’est pas une tâche mineure. Elle détermine si Polkadot peut revendiquer sa place dans la prochaine ère de l’écosystème crypto.

EL1,66%
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
  • Récompense
  • Commentaire
  • Reposter
  • Partager
Commentaire
0/400
Aucun commentaire
  • Épingler

Trader les cryptos partout et à tout moment
qrCode
Scan pour télécharger Gate app
Communauté
Français (Afrique)
  • 简体中文
  • English
  • Tiếng Việt
  • 繁體中文
  • Español
  • Русский
  • Français (Afrique)
  • Português (Portugal)
  • Bahasa Indonesia
  • 日本語
  • بالعربية
  • Українська
  • Português (Brasil)