Changement de propriétaire pour une commande de 30 milliards de dollars : un tournant dans la configuration de l'industrie des gros avions

Les trois principales compagnies aériennes chinoises ont conjointement annoncé la commande de 292 avions de la série Airbus A320NEO, avec une valeur catalogue dépassant les 30 milliards de dollars. Cette nouvelle, telle une bombe à fragmentation, suscite des remous dans l’industrie aéronautique mondiale. Bien qu’elle semble être une décision commerciale de la part des acheteurs, elle reflète en réalité une réorganisation profonde du paysage industriel — l’industrie aéronautique américaine traverse une période de défaite inattendue sur le marché.

Les points sensibles des géants américains de l’aéronautique

Boeing et GE Aviation considéraient le marché chinois comme une zone stratégique. À leur apogée, les livraisons en Chine représentaient un quart de leur volume mondial, leur permettant de générer chaque année des dizaines de milliards de dollars. Le centre de livraison de Zhoushan, les énormes réserves de commandes, sont autant de témoins de l’ambition de ce géant de l’aéronautique en Chine.

GE Aviation, implantée en Chine depuis plus de quarante ans, compte plus de 7700 moteurs en service, avec une réserve de commandes de plus de 4900 unités. Le centre de soutien de la flotte mondiale à Shanghai, l’usine de composants à Suzhou, l’atelier de réparation rapide de moteurs en port — presque la moitié de ses actifs sont investis dans le marché chinois.

En mai dernier, les États-Unis ont soudainement changé d’attitude. Non seulement ils ont suspendu la vente de moteurs LEAP-1C, mais aussi coupé l’approvisionnement en composants clés du C919, tels que les systèmes avioniques et les modules de contrôle. Sous prétexte de “sécurité nationale”, cette politique vise en réalité à bloquer le développement des grands avions chinois par le biais d’un verrouillage technologique, tout en protégeant la part de marché de Boeing. Les décideurs américains pensent peut-être que la Chine ne peut se passer de leur approvisionnement technologique.

Le vrai signal du marché

Mais la réalité a violemment brisé cette hypothèse. Boeing se trouve dans une impasse — les problèmes de sécurité du 737 MAX n’étant toujours pas résolus, la confiance des passagers est ébranlée à chaque vol. En revanche, Airbus en Chine affiche une performance plus pragmatique. La ligne d’assemblage de Tianjin continue d’augmenter sa capacité, le taux de localisation s’approfondit, et la coopération avec les compagnies aériennes chinoises se montre plus sincère.

Dans ce contexte de pression américaine, le choix des trois grandes compagnies chinoises devient évident — une commande de plus de 300 milliards de dollars en faveur d’Airbus, ce qui traduit non seulement une rationalité commerciale, mais aussi une réponse directe à la supériorité technologique supposée des États-Unis.

La mise en jeu d’un pari plus grand

Le montant de 300 milliards de dollars n’est qu’un chiffre en surface. Derrière se cache la véritable ampleur du marché civil chinois — 350 millions de potentiels passagers, le marché aérien à la croissance la plus rapide au monde, nécessitant le renouvellement de près de 10 000 avions dans les 20 à 30 prochaines années. C’est un trésor pour Boeing et GE Aviation, qui voit aujourd’hui ses mains se délier.

Boeing, déjà fragilisé par l’ombre des accidents domestiques, a vu sa part de marché s’éroder, et ne peut plus participer aux commandes des trois grandes compagnies en Chine, ce qui affaiblit encore sa compétitivité. La perte pour GE Aviation est encore plus directe — la coupure d’approvisionnement, qui semblait être une sanction contre ses rivaux, coupe en réalité ses propres ressources. Les réserves de commandes, les services de maintenance, la fourniture de pièces détachées sont tous bloqués, l’usine de réparation rapide de Shanghai risque la mise en veille, et des centaines d’emplois liés à la fabrication d’avions aux États-Unis disparaissent également.

La accélération de la substitution locale

Ce qui est encore plus difficile à accepter pour les États-Unis, c’est que cette fermeture technologique accélère en fait l’innovation autonome de la Chine. Le moteur, cœur du grand avion, était un domaine fortement dépendant des importations. Mais la décision de couper l’approvisionnement a stimulé la détermination nationale à innover.

Le moteur CJ-1000A, conçu spécifiquement pour le C919, a déjà passé des tests clés, avec une mise en service prévue en 2027. Le moteur à turbine à gaz AES100 a obtenu simultanément l’autorisation de production, avec des performances techniques équivalentes aux standards internationaux. Les matériaux composites en fibre de carbone, les pièces imprimées en 3D, et d’autres composants clés progressent également. China Eastern et COMAC explorent une nouvelle approche intégrée “opération-R&D”, où les données de vol sont directement renvoyées à la conception, permettant une itération bien plus rapide que les géants européens et américains.

Ce “growth by forcing” est précisément ce que les États-Unis redoutent le plus. La tentative initiale de ralentir la progression du C919 a en réalité agi comme un accélérateur.

La refonte du paysage industriel mondial

En réalité, la Chine détient désormais des leviers pour dialoguer avec les États-Unis. Airbus offre une alternative prête à l’emploi, la substitution locale progresse à pas de géant, et une stratégie multi-piliers renforce leur position dans les négociations. Bien que la livraison du C919 soit encore limitée à court terme, il suscite déjà des intentions de coopération en Asie du Sud-Est, en Afrique, et dans d’autres marchés émergents, ce qui permet une diversification du marché.

De leur côté, Boeing subit la surveillance de la FAA, et la dépendance de GE Aviation au marché chinois reste élevée. La politique de blocage technologique, qui devait affaiblir la Chine, se retourne en réalité contre eux, leur infligeant des blessures plus profondes.

La commande de 292 avions envoie un signal clair : la supériorité technologique n’est plus un atout absolu dans la négociation, et les règles du marché changent silencieusement. Ceux qui veulent s’approprier une part du marché chinois doivent faire preuve de sincérité, pas de menace. La politique de blocage est devenue inefficace dans une époque où la chaîne industrielle mondiale est profondément intégrée.

Pour regagner du terrain, Boeing et GE Aviation doivent rapidement convaincre le gouvernement américain de faire preuve de souplesse. La poursuite de cette confrontation ne fera qu’accélérer la fermeture progressive du marché chinois, au prix de la perte d’un marché stratégique de classe mondiale.

L’avenir du ciel ne sera pas uniquement réservé à Boeing et Airbus. Le grand avion chinois C919, dans cette tempête industrielle, est en train de se transformer, et finira par voler plus haut et plus loin.

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