La montée des stablecoins présente une promesse trompeuse : des paiements plus faciles et des transferts mondiaux sans friction. Pourtant, derrière cette apparence se cache une réalité plus troublante, selon Eswar S. Prasad, ancien économiste du Fonds monétaire international aujourd’hui professeur à l’Université Cornell. Dans son analyse provocante intitulée “Le paradoxe du stablecoin”, Prasad dissèque comment ces monnaies numériques pourraient paradoxalement renforcer l’hégémonie du dollar américain plutôt que démocratiser le système financier mondial.
La fausse narration de la décentralisation
L’argument central de Prasad remet en question une idée reçue répandue : que les stablecoins offrent une véritable décentralisation. En réalité, il soutient qu’ils représentent une stratégie de concentration. Ces instruments s’ancrent aux monnaies fiat existantes — principalement le dollar américain — créant une dépendance qui reflète les arrangements monétaires traditionnels. L’illusion de décentralisation masque une vérité fondamentale : les stablecoins nécessitent la confiance dans leurs institutions émettrices, qu’il s’agisse d’entités corporatives ou de systèmes en consortium. Cette dépendance institutionnelle transfère effectivement le pouvoir des banques centrales traditionnelles à une nouvelle classe de gardiens privés.
Comment les stablecoins peuvent renforcer la domination du dollar
Le paradoxe s’approfondit lorsqu’on examine le rôle des stablecoins dans le paysage monétaire international. Bien qu’ils réduisent ostensiblement les coûts de transaction et accélèrent le commerce transfrontalier, leur mécanisme de pegging au dollar renforce involontairement la domination du billet vert sur la finance mondiale. Les petites nations, en particulier, subissent une pression croissante car les stablecoins permettent des flux de capitaux libellés en dollars sans passer par les canaux bancaires traditionnels. Cette désintermédiation, si elle séduit les utilisateurs, compromet la souveraineté monétaire des pays manquant d’échelle économique ou de poids institutionnel.
La concentration du pouvoir financier
Peut-être le plus préoccupant est la manière dont les stablecoins pourraient consolider l’influence financière parmi les acteurs dominants du marché. Contrairement aux systèmes décentralisés qui distribuent réellement le pouvoir entre les participants, les écosystèmes de stablecoins concentrent l’autorité au sein des organisations émettrices. Les structures de gouvernance, la gestion des garanties et les mécanismes de rachat restent opaques pour les utilisateurs finaux, créant des asymétries d’information et des dynamiques de pouvoir rappelant la finance pré-digitale.
L’avertissement de Prasad résonne à une époque où les monnaies numériques sont souvent présentées comme des outils de libération. Pourtant, sans régulation réfléchie et protections structurelles, les stablecoins risquent de devenir des instruments qui renforcent les hiérarchies de pouvoir existantes tout en arborant le masque de l’innovation.
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Les stablecoins peuvent-ils réellement remettre en question la domination du dollar, ou vont-ils au contraire la renforcer ?
La montée des stablecoins présente une promesse trompeuse : des paiements plus faciles et des transferts mondiaux sans friction. Pourtant, derrière cette apparence se cache une réalité plus troublante, selon Eswar S. Prasad, ancien économiste du Fonds monétaire international aujourd’hui professeur à l’Université Cornell. Dans son analyse provocante intitulée “Le paradoxe du stablecoin”, Prasad dissèque comment ces monnaies numériques pourraient paradoxalement renforcer l’hégémonie du dollar américain plutôt que démocratiser le système financier mondial.
La fausse narration de la décentralisation
L’argument central de Prasad remet en question une idée reçue répandue : que les stablecoins offrent une véritable décentralisation. En réalité, il soutient qu’ils représentent une stratégie de concentration. Ces instruments s’ancrent aux monnaies fiat existantes — principalement le dollar américain — créant une dépendance qui reflète les arrangements monétaires traditionnels. L’illusion de décentralisation masque une vérité fondamentale : les stablecoins nécessitent la confiance dans leurs institutions émettrices, qu’il s’agisse d’entités corporatives ou de systèmes en consortium. Cette dépendance institutionnelle transfère effectivement le pouvoir des banques centrales traditionnelles à une nouvelle classe de gardiens privés.
Comment les stablecoins peuvent renforcer la domination du dollar
Le paradoxe s’approfondit lorsqu’on examine le rôle des stablecoins dans le paysage monétaire international. Bien qu’ils réduisent ostensiblement les coûts de transaction et accélèrent le commerce transfrontalier, leur mécanisme de pegging au dollar renforce involontairement la domination du billet vert sur la finance mondiale. Les petites nations, en particulier, subissent une pression croissante car les stablecoins permettent des flux de capitaux libellés en dollars sans passer par les canaux bancaires traditionnels. Cette désintermédiation, si elle séduit les utilisateurs, compromet la souveraineté monétaire des pays manquant d’échelle économique ou de poids institutionnel.
La concentration du pouvoir financier
Peut-être le plus préoccupant est la manière dont les stablecoins pourraient consolider l’influence financière parmi les acteurs dominants du marché. Contrairement aux systèmes décentralisés qui distribuent réellement le pouvoir entre les participants, les écosystèmes de stablecoins concentrent l’autorité au sein des organisations émettrices. Les structures de gouvernance, la gestion des garanties et les mécanismes de rachat restent opaques pour les utilisateurs finaux, créant des asymétries d’information et des dynamiques de pouvoir rappelant la finance pré-digitale.
L’avertissement de Prasad résonne à une époque où les monnaies numériques sont souvent présentées comme des outils de libération. Pourtant, sans régulation réfléchie et protections structurelles, les stablecoins risquent de devenir des instruments qui renforcent les hiérarchies de pouvoir existantes tout en arborant le masque de l’innovation.