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Les trois fronts de la menace contre les stablecoins : régulation américaine interne, interdiction chinoise, encerclement européen
À l’approche du deuxième trimestre 2026, l’industrie des stablecoins fait face à une tempête réglementaire sans précédent. Du combat législatif à Washington, à l’interdiction à Pékin, en passant par le blocus réglementaire à Bruxelles — cette filière de 320 milliards de dollars est sous pression simultanée de trois forces.
États-Unis : divisions internes sous l’effet de l’interdiction des rendements
La loi « CLARITY » aux États-Unis est bloquée par la controverse sur « les rendements des stablecoins ». La divergence centrale concerne : les stablecoins liés au dollar doivent-ils se limiter aux fonctions de paiement et de règlement, ou peuvent-ils aussi avoir des caractéristiques de gestion de patrimoine similaires à des dépôts ?
Le secteur bancaire adopte une position ferme. Selon un sondage de l’American Bankers Association, lorsque la question porte sur « le fait que permettre des rendements sur stablecoins pourrait réduire la capacité des banques à prêter », les répondants soutiennent à 3 contre 1 l’interdiction par le Congrès des rendements sur stablecoins. La Standard Chartered prévoit qu’à la fin 2028, les stablecoins pourraient retirer environ 500 milliards de dollars de dépôts du système bancaire américain, mettant sous pression principalement les banques petites et moyennes.
Le directeur juridique de Coinbase, Paul Grewal, a répliqué qu’il n’existe actuellement aucune preuve que la fuite de dépôts ait réellement lieu, et a averti que limiter les rendements des stablecoins étoufferait l’innovation américaine et nuirait aux consommateurs.
Parallèlement, le vice-président de la Réserve fédérale chargé de la régulation, Michael Barr, a lancé un avertissement sévère, estimant que la structure des stablecoins fragilise la stabilité financière, en comparant le risque à l’histoire des paniques bancaires du XIXe siècle aux États-Unis — lorsque l’absence de monnaie privée sûre provoquait des crises financières, menant à la création de la Fed. Barr souligne que les émetteurs de stablecoins ont une incitation à prendre autant de risques que possible dans la tolérance du marché pour maximiser leurs profits, ce qui pourrait briser la confiance en période de pression. La loi GENIUS limite les réserves autorisées à une liste d’actifs liquides de haute qualité, mais son succès dépend des détails de la mise en œuvre réglementaire.
Chine : huit départements unissent leurs efforts pour « ciblage précis » du yuan stable
Le 6 février 2026, la Banque populaire de Chine, la Commission de réglementation des valeurs mobilières et sept autres départements ont publié conjointement la « Notification sur la prévention et la gestion accrues des risques liés aux monnaies virtuelles », mentionnant pour la première fois à l’échelle nationale les « stablecoins », et établissant deux lignes rouges clés :
Premièrement, sans l’approbation réglementaire appropriée, les entités domestiques et leurs contrôlées à l’étranger ne peuvent pas émettre de monnaies virtuelles à l’étranger. Deuxièmement, les stablecoins liés au yuan impliquent la souveraineté monétaire, et aucune entité ou individu, national ou étranger, ne peut émettre de stablecoins liés au yuan à l’étranger. Cela signifie que tout projet cherchant à émettre un stablecoin indexé sur le CNY, où qu’il soit enregistré, sera soumis à une surveillance directe des autorités chinoises.
Cette interdiction a un impact réglementaire direct sur les émetteurs de stablecoins à Hong Kong. La « Loi sur les stablecoins » de Hong Kong, entrée en vigueur le 1er août 2025, est la première législation en Asie réglementant les stablecoins fiat, offrant une voie claire pour l’émission de stablecoins en HKD. Cependant, les émetteurs agréés avec un background continental doivent naviguer entre un environnement réglementaire encourageant l’innovation à Hong Kong et les lignes rouges strictes de la Chine continentale, créant un dilemme de conformité avec « deux règles en intersection ».
Europe : mise en œuvre concrète de MiCA et contre-attaque stratégique avec l’euro numérique
Sous le cadre MiCA de l’UE, les règles sur les stablecoins seront obligatoires à partir du 30 juin 2026. Les stablecoins en euros « d’importance systémique » devront déposer 60 % de leurs réserves en dépôts bancaires, ce qui augmentera considérablement leurs coûts d’émission.
Plus important encore, le portefeuille numérique européen (EUDI) exclura explicitement les stablecoins et la DeFi, et sera lancé en 2026 dans les 27 États membres, ne supportant que les paiements via des canaux financiers traditionnels. Par ailleurs, la Commission européenne propose de centraliser tous les pouvoirs de régulation cryptographique sous l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), remplaçant le mode décentralisé initial de MiCA basé sur la supervision nationale, ce qui alerte l’industrie sur un possible ralentissement de la mise en œuvre et une incertitude juridique. Le projet d’euro numérique progresse également, positionné comme une réponse stratégique à la concurrence des monnaies numériques privées et des paiements mondiaux.
Réactions du marché face à la trilogie réglementaire
Le 2 avril, le ministère américain des Finances a publié une proposition évaluant si la régulation des stablecoins au niveau des États est « substantiellement similaire » aux normes fédérales, laissant une certaine flexibilité aux régulateurs locaux, tout en insistant sur le fait que ces régulations ne doivent pas réduire ou limiter substantiellement la portée des normes unifiées, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et de sanctions. L’OCC doit publier d’ici le 18 juillet 2026 les règles finales pour la loi GENIUS, qui entrera en vigueur le 18 janvier 2027.
Cependant, à l’approche des élections de mi-mandat, si aucune avancée législative n’est réalisée d’ici la fin avril ou début mai, le processus pourrait être reporté à 2027 en raison du calendrier électoral.
Impact sectoriel
Sous la pression réglementaire des trois plus grandes économies, l’industrie des stablecoins évolue d’une croissance « sauvage » vers une segmentation « conforme ». La divergence réglementaire entre régions redéfinit la configuration du secteur : aux États-Unis, la controverse sur les rendements pourrait freiner l’innovation locale ; en Chine, l’interdiction totale basée sur la souveraineté monétaire limite fondamentalement le développement des stablecoins ; en Europe, l’accent mis sur des exigences strictes en capital et la stratégie de l’euro numérique visent à assurer un contrôle interne. Pour les acteurs, la capacité à gérer la conformité transfrontalière deviendra la prochaine compétence clé.